Davodka

Davodka, une interview au travers de ses textes

Davodka est un artiste discret qui se fait assez rare en interviews. Il est le genre d’artiste dont on aimerait savoir ce qu’il a dans la tête ! Nous avons donc sélectionné les phases de ses textes qui nous interpellé et on lui a demandé de les commenter pour nous.

« 2003 on taguait car à l’époque pour le pe-ra j’étais naze »

Ouais j’étais nul, j’étais vraiment nul. La première fois que j’ai enregistré un son c’était avec mon pote Kema avec l’équipe du Paris pole nord. Ils faisaient du son de leur côté, un jour ils m’ont lancé et ouais, j’étais franchement naze. J’étais calé dans les temps, je m’habituais un peu mais c’est vrai que c’était pas très construit au niveau des textes, ça disait pas grand chose, y’avait peu de conscience, un peu des insultes à tout-va. C’était pas du tout le domaine dans lequel j’étais bon mais au bout de 3, 4, 5 sons… ça a commencé à prendre forme. Ça a pris du temps, c’est pas un talent de départ mais je pense que de toute façon pour tout le monde il faut bosser. Il y a beaucoup de travail chez les MC’s.

« Quand sous l’préau tu deales, moi j’tape une prod sur la BO du film »

Ouais, ça veut dire qu’on a peu de voies d’avenir en vérité et comme moi j’ai arrêté les cours très tôt, tous les soirs pour bouffer fallait prendre le chemin des choses un peu illégales. Au lieu de trainer dans la rue à tenir les murs, y’a un moment où j’ai suivi les potes pour faire du rap comme je l’ai dit dans la phase d’avant. On trouvait beaucoup plus constructif de retrouver sa voix en MP3 avec des textes qu’on revendique, que de finir en dealant. Parce que c’est la voie que la plupart de mes potes ont pris au final. Je regardais mes potes dealer alors que j’avais qu’une seule envie c’était de rentrer chez moi et faire des instrus. Donc j’écoutais des BO de films et je faisais mes instrus.
C’est vrai qu’il y a énormément de références cinéma dans mes sons. J’adore Audiard, les films d’époque. Je suis pas trop fan du cinéma français d’aujourd’hui mais à l’époque je trouvais que les textes et les acteurs avaient un vrai charisme. J’adore reprendre des phases de films, ça donne la direction de mon son, ça me donne parfois le thème.

« Moi j’apprends par la fenêtre ce que toi t’apprends par la presse »

Ouais j’ai grandi dans le 18ème, c’est un endroit où la mixité est super forte, y’a de tout. Y’a des très riches, des très pauvres. Il y a toutes les cultures, toutes les couleurs, toutes les origines. Et ouais, y’a souvent beaucoup de choses négatives qui se passent. Comme j’ai dis ça deale, les voies sont restreintes donc les jeunes partent un peu en couille. On voit par la fenêtre réellement ce qu’il se passe dans nos rues, on est là en direct, on n’est pas BFM.

« J’ai fait le bon choix face à la coke, j’ai préféré prendre la poudre d’escampette »

Ouais, parce que le milieu artistique déjà, c’est un milieu où les drogues tournent facilement. Moi j’ai même arrêté de fumer, j’ai gardé qu’un seul vice c’est l’alcool comme mon blaze l’indique. Je préfère fuir. Parce qu’à regarder les amis, c’est un vice qui peut devenir très fort. L’alcool oui c’est une période de ma vie. Je suis tombé dedans à un moment parce que c’est plus facile de voir l’horloge tourner quand on boit et qu’on se fait chier. Donc j’ai beaucoup tisé, mais au final on s’en sort. J’ai écrit plusieurs sons, dont « Au bout du goulot » à l’époque où c’était vraiment… vraiment la merde en vérité. Aujourd’hui j’explique mon addiction et comment s’en sortir. J’en suis sorti grâce à la musique, grâce aux gens, parce que ça me fait du bien d’entendre les gens qui me remercient de les avoir aider dans une période de leur vie, juste grâce à ma musique. C’est vraiment qu’on influence beaucoup avec nos textes, donc je ne dirai pas de la merde grâce à ça. Juste pour le merci que les gens me donnent.

« La politique c’est trop complexe pour moi »

Ouais. J’suis pas politique, j’ai horreur de la politique. En fait déjà moi je pars du principe qu’un mec qui se bat pour le pouvoir, c’est un mec qui a un problème au casque. Vouloir tout contrôler, être à la tête de tout… déja y’a un problème. Donc voilà j’aime pas ça je suis apolitique à fond. Même s’il y a des idées que je revendique, je suis loin de tout ça, je ne suis pas pour un parti particulier. Moi la politique je l’emmerde profondément parce que de toute façon, on voit bien qu’en France ça n’évolue pas, les années tournent. Que ce soit un mec de gauche ou un mec de droite, y’a rien qui change.

« Les faux MC’s c’est ça qu’j’affronte, ils s’inventent tous une histoire c’est p’t’être pour ça qu’ils se la racontent »

Ouais ouais ouais… (rires) Ouais cette phrase c’est une phrase qui s’en prend à ceux qui jouent un peu trop les acteurs, qui se perdent un peu dans leur personnage. Moi tu vois je ne veux pas finir comme eux. Je les regarde d’un œil, on les laisse faire leurs bails mais franchement, c’est triste les gens qui sont obligés de se raconter une histoire et de s’obliger à la croire pour se sentir bien. C’est la preuve que dans notre société on est dans la paraitre, dans toutes ces choses. Moi je ne veux pas être comme ça, je préfère être naturel. Dans mes textes je parle des périodes de ma vie, des moments que j’ai vécu, des choses que je vois. Je n’irai pas m’inventer une vie pour me faire soi-disant « idolâtrer ». Ce n’est pas mon but, je veux juste que le message passe et si j’arrive à faire voyager mon son, je suis fier de ça.

« Leur planète rap n’est plus qu’un téléthon spécial rappeurs trisos »

Ouais, Skyrock c’est vraiment une radio… Alors je t’explique, j’ai fait un planète rap une fois, c’est Jazzy Bazz qui m’avait invité. J’étais pas pour mais Jazzy Bazz c’est un gars que je respecte énormément, qui a un beau parcours et tout le monde était motivé pour aller kicker cette radio. J’ai fait un son qui s’appelle « Mauvaise onde » et le but c’est aussi d’y aller pour assumer ce qu’on fait parce qu’on n’est pas dans le stéréotype de la tendance actuelle du rap, donc tant que tu restes toi-même et que tu passes sur les ondes, c’est pas grave. Il faut peut-être les corriger ces ondes là justement, il y a quelque chose à faire je pense. Mais moi Skyrock c’est une radio que je n’aime pas parce qu’elle véhicule des ondes négatives et elle a vachement changé son discours d’époque. C’est tombé dans la tendance et ce n’est pas du tout ce qui me plait. Après c’est les gouts et les couleurs, je respecte les parcours artistiques de chacun. Mais je n’ai pas envie de passer par là pour pouvoir réussir.
Si on m’appelle pour une semaine de Planète rap, je ne le fais pas. Dans ma tête c’est inenvisageable de dire des choses dans mes textes et de ne pas les respecter. Je ne peux pas me retrouver entre deux pubs d’un artiste super autotuné, tendance rap à chicha… C’est totalement contradictoire. Ma place je ne pense pas qu’elle soit là-bas. Après, je ne suis pas contre aller dans certaines radios. Nova par exemple j’aime bien, je serais content d’aller là-bas. Aller dans une radio qui ressemble à ma zik quoi, je vais pas aller vendre des chaussures dans une boulangerie tu vois, c’est pas possible, ça fonctionne pas.

« Les mecs veulent plus aimer, ils préfèrent baiser et matter des gros culs. Les meufs deviennent des trainées à s’imprégner de c’que la télé procure »

Ouais la télé… un gros virus. Ils lobotomisent totalement les générations futures, parce que voilà, ils n’ont que ça a la télé, ça tourne en boucle. On leur montre qu’il faut être « comme ça », faut être musclé, huilé, avoir des seins refaits sinon t’es pas beau, t’es pas comme il faudrait dans notre société. On te force à te sentir mal en t’imposant ces images là et moi je trouve ça totalement négatif. C’est pour ça que ma télé est éteinte depuis un bout de temps. Comme ma radio. Nous on est passé au travers mais j’ai plus peur pour les générations futures.

« L’amour est démodé »

Bah ouais l’amour est démodé. On tombe dans le stéréotype du « je baise plutôt que j’aime ». Ça date pas d’aujourd’hui non plus, ça a toujours été un peu comme ça. Mais véhiculer des images par dessus, voir des mecs à la télé qui enchainent dans des émissions genre Le Bachelor «  Allez t’as le choix, t’es dans ton harem prends celle que tu veux… » C’est encore la télé qui véhicule et on reproduit ça dans nos vies au quotidien. Au collège les jeunes regardent ça et ils croient que c’est comme ça qu’il faut être. Voilà, pour moi c’est pas ça.

« La haine m’habite, trop de sentiments que j’éprouve plus »

Ouais… Ouais on est aveuglé quand on vit beaucoup de galères. Au bout d’un moment on voit rouge, on ne voit plus que les problèmes. Et de toute façon l’amour et la haine se ressemblent beaucoup, les deux rendent forts… La haine m’a beaucoup aidé, ça a été malheureusement un moteur à avancer. J’aurais préféré que ça soit l’amour hein (rires), mais la haine m’a beaucoup aidé dans les périodes difficiles. Il ne nous reste plus que ça au bout d’un moment, à force de cogiter, de se remettre en question. C’est la loi des séries, il y a une connerie qui t’arrive, 2, 3, 4… Et au final tu vois tout en noir. J’ai eu des périodes de grosses déprimes et certains sons mélancolique de moi les reflètent. Comme le son que tu viens de citer « Dur d’y croire », je l’ai écrit dans une très mauvaise période.
Cette phase est moins d’actu’ parce que le temps a passé. Maintenant je vis plus heureux. Je suis content que ma musique voyage, le public me donne tellement d’amour. Je suis avec ma femme, j’ai ma petite vie, un enfant, tout va bien. Je ferai toujours des constats des choses négatives parce qu’il y a forcément des choses négatives qui arrivent dans la vie, mais c’est vrai que ce sont des périodes qui sont un peu passées.

« A chaque fois j’me dis « Stop » mais c’est terrible, j’dérive. J’ferai mieux de chercher un CDI plutôt que gratter des rimes »

Bah ouais, j’avais pas de taf, donc toutes mes journées je les passais à faire des instrus, à écrire et forcément, ça ne faisait pas la joie de mes parents. Ils me disaient « Il faut que tu fasses quelque chose, des diplômes, quelque chose… » Moi je voulais les rendre fiers mais je n’avais pas de moyens de le faire, ni la volonté. On doit faire des choix trop vite dans le système scolaire et à un moment on se perd. À force de mauvaises fréquentations aussi, à force de beaucoup de choses. Ouais je me suis perdu je pense à un moment et au final ça a été constructif. Je suis là, je suis dans la musique, j’ai trouvé ma voie, et au final je rend fiers mes parents donc ça rattrape ces choses qui pour moi étaient des erreurs à l’époque. Donc maintenant je suis content, je suis fier.

« J’nique cette notoriété, pour moi c’n’est qu’une carrière râtée »

Ouais je voulais arrêter la zik. Y’a une période ou je voulais totalement arrêter, parce qu’on se retrouve dans des périodes de doutes, l’inspiration s’en va… Mais on ne peut pas arrêter, ça nous colle à la peau, il y a toujours des choses à dire. Dans mes sons il y aura toujours de la sombritude, parce que ça fait parti de moi. Les souvenirs ne s’en vont pas comme ça, y’a des choses que je n’ai pas dites de l’époque et que je suis encore capable de te raconter aujourd’hui, parce que ça marque. Donc dans mon prochain projet y’aura toujours de l’égotrip comme je sais faire mais il y aura aussi des choses positives, des choses ironiques, de l’autodérision… Il y a une évolution.

« On me dit « Mais Davodka, dans combien de temps vas-tu percer? » »

Ouais tout le monde me dit « T’as du talent, comment ça se fait que tu perces pas, etc. » Moi j’ai pas de réponse à ça, j’ai fait de la zik sans vouloir percer de toute façon. Pour moi, qu’est-ce que ça veut réellement dire… Ma musique ne peut pas se vendre à tout le monde, mes textes font réfléchir et les gens n’ont pas forcément envie de cogiter. Ils ont envie de s’enjailler et mes sons sont pas voués à t’enjailler tu vois. Donc ouais, tout le monde me disait « Faut que tu te bouges le cul, faut que tu passes à Skyrock », les gens comprenaient pas réellement l’éthique. Mais j’ai pas envie de changer, je me sens bien dans ce que je fais, je me reconnais là dedans… Percer ça ne veut rien dire pour moi, je préfère faire mon chemin doucement, surement. Et ça évolue beaucoup parce que là on se retrouve à l’Uzine festival et y’a trois ans on ne m’aurait peut-être pas invité. Je préfère laisser le temps faire que de travestir ma musique, faire un grand boom et me casser la gueule. J’évolue doucement et même si ça s’arrête c’est pas un problème pour moi, je repartirai au charbon, je ferai des petits boulots. C’est pas un problème.

« On parle au présent, pour nous l’avenir est trop factice »

Ouais bah voilà. C’est trop flou, c’est un vrai brouillard. T’essaye d’avancer la dedans, tu sais pas ou t’es, tu te casses souvent la gueule dans des ravins. C’est compliqué, au fil du temps on rencontre des choses qu’on ne connaissait pas. Le but c’est pas de se vendre, mais je suis quand même content d’en survivre tu vois. Mais j’ai pas envie d’être une « star », ça veut rien dire, c’est de la pisse. Je suis bien dans mon coin avec mes gars et ma petite famille, qui me soutiennent depuis des années parce que c’est les même en vérité, ça a pas bougé. Et le public suit toujours et je les remercie parce que je les vois, qui me suivent depuis des années.

Le prochain album de Davodka « Accusé de réflexion » sera dispo en précommande à partir du 29 septembre. Pour plus d’infos c’est par ICI !

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