La chronique de Mr Caras : Le Freestyle lab

Pour la troisième édition du Freestyle lab battle, le line up est de taille avec des guests venus de l’étranger, comme par exemple le français ICEE Forzesound, l’un des membres du jury de renommée internationale grâce à ses victoires à des battles phares tels que le Juste debout, Fusion concept, etc.

Aux platines : Dj Veusty en provenance des Pays-Bas, un homme aux multiples casquettes. House dancer issu de la scène française reconnu mondialement, il a été l’un des danseurs dans la troupe de la célèbre chanteuse Madonna.

La dernière guest est Kiudee, rédactrice du site Striter, spécialisé dans les danses urbaines et hip-hop à travers l’Europe. C’est une blogueuse très respectée dans le milieu du hip-hop français. 

Du côté  de nos compatriotes Belges, nous avons Mike Alvarez, un  des pionniers de la génération 80, à l’influence jazz-rock et vrai funky styler.

Dernier membre du jury : le vainqueur de la précédente édition  du freestyle lab battle, Moogli, membre du crew The Cage

La question se pose même avant que le Battle ne commence : détenons-nous enfin un événement avec une identité propre à la Belgique ? Deux catégories sont représentées aujourd’hui : hip-hop et house all styles 1 vs 1. L’enjeu principal de cette journée est de former une guest team de quatre danseurs, pour le Hip-hop games, qui se déroulera du 24 au 26 novembre à Lille.

En me rendant au battle, je repense aux échos que j’avais eu de la précédente édition, qui s’était déroulée au centre culturel Jack Franck : une ambiance familiale, un guest venu du Bénin, un  finish avec une haie d’honneur digne de l’émission funk américaine Soul train des années 70. En franchissant la porte du battle, je me retrouve dans un endroit atypique et vraiment underground, avec une vanne remplie de graffitis, des enceintes empilées les unes sur les autres, un canapé pour le jury, et le tout assemblé dans un grand hangar. Cela me rappelle quelque peu le QG du mob dans le film Step up 3D (ce film ne représente en aucun cas l’univers de la danse hip-hop, car trop dans l’abus, mais on a tous aimé Moose). Et le public entre progressivement pendant que le dernier danseur est en train de s’inscrire pour le Battle. La voix grave de notre speaker de la journée, Mystiqux, du crew Likoyo fam et un des leaders du krump en Belgique, annonce le début des présélections. 

PRÉSÉLECTIONS 

On retrouve nos habitués des battles : Le crew The Cage avec Baloo et Idriss, où encore Louvain-le-collectif (avec C.K, Mah, Elora…) qui est de plus en plus présent lors des événements de ce genre. On ne peut plus nier que Louvain-la-Neuve s’impose parmi les petites villes qui représentent aujourd’hui la danse hip-hop belge. Nous avons aussi Yanhko vainqueur du battle matissa, les Mybalés  (Doris & Nathalie), et aussi des anciens et nouveaux visages.

Les moments qui me marquent sont surtout les krumpeurs Wild aka Soulja Sosa et Terryboy, ou le popping dancer Danys, qui sortent de leur zone de confort pour s’exécuter sur de la house. C’est un plaisir de revoir Mavinga, danseuse house qui a le don d’animer les foules. Ceux qui l’ont vu lors de la finale house 2 vs 2 avec son binôme Jeny Bsg au Brussel Danst 2016 savent de quoi je parle.

Je repère aussi des danseurs qui me sont inconnus car ils participent à leur premier battle en Belgique : Choupi et Banbino du crew de ICEE forzesound, ou Lilbad killer venu du Maroc et dont le niveau de danse m’a impressionné, lui qui ne danse que depuis 2 ans. Ma plus grosse surprise est Fleur : cette jeune danseuse de 7 ans est une vrai pile électrique et a une panoplie de pas qu’elle maitrise étonnamment  pour son jeune âge (popping, jocking, hip-hop). C’est un vrai plaisir de voir cette nouvelle génération de danseurs.

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CYPHER 

Après les présélections, place au cypher d’une heure. Le système est simple : un jury secret doit choisir quatre danseurs représentant la Belgique. Ceux qui se démarquent  par leur passage dans le cercle gagnent un billet pour le hip-hop games concept. Les danseurs sont chauds, prêts à montrer leur talent. Le hangar est divisé en trois cercles distincts de danseurs où chacun rentre à son tour. Certains abusent excessivement du cercle mais heureusement, Elora est là pour imposer sa danse. Elle et Chems semblent en totale connexion au milieu du Cercle. De même pour Kasketo et Moogli. Mais Les Mybalés sont celles qui excellent dans ce domaine (la connexion entre jumelles, imbattable !)

Individuellement, Popping Danys a su sortir du lot avec son style funky et ses passages toujours originaux. Il confirme qu’il est un sérieux prétendant pour la place de guest. Djo Black et Mouss apportent tous les deux de la hargne dans leurs cercles respectifs. Je vois le bonheur de Mouss quand Dj Veusty nous balance quelques sons ragga-dancehall qui ambiancent toute la salle, lui qui enseigne ce style de danse.

BATTLE HOUSE

Mavinga a surpassé ses adversaires comme dans un jeu vidéo, qui étaient pourtant tous d’un calibre de boss final. Même la petit Fleur (un mini boss), n’a pas eu peur de se frotter à elle. Cependant, les deux adversaires qui lui donnent du fil à retordre, sont premièrement Doris (les Mybalés), qui ensemble nous montrent un vrai duel entre grâce et musicalité.

Le deuxième est Banbino Forzesound, qui est un vrai magicien et qui nous  propose des moves toujours inattendus entre break, top rock et afro. Un style afro qu’on avait déjà pu apprécier lors de l’un de ses battles contre Bagheera, car les deux s’étaient déjà affrontés en France. Mais il a du, à ma grande surprise, s’avouer vaincu face à Mavinga.

Mavinga nous sort un passage de folie qui soulève tout le public. Elle fait preuve de répondant et s’adapte intelligemment à chacun de ses adversaires, jusqu’à la finale contre TerryBoy qui met pourtant tout le monde d’accord, tant par sa musicalité que par son aisance et ses stomps (frapper au sol avec ses pieds) qui font trembler la salle plus d’une fois.

BATTLE HIP-HOP

Dans la catégorie hip-hop,  des danseurs s’imposent comme favoris et nous proposent des battles d’une grande intensité, notamment Wild, le krumpeur qui me marque par ses passages : il a une manière originale de se mouvoir et de tordre ses doigts mais il perd face à Choupi du Forzesound crew, et binôme de Banbino qui combine lui aussi différents styles de danse (krump, house…). Doris continue à impressionner dans les deux catégories mais c’est en hip-hop qu’elle s’affirme avec son style old school aux fondations bien maitrisées. Elle rencontre en demi-finale Elora du LLC qui s’était déjà faite remarquer  durant les cyphers. Je peux voir dans son regard la hargne en huitième de finale contre Yanhko ou lors de son égalité contre Djo Black en quart de finale, que le jury a du départager avec un passage supplémentaire. Sa performance est saluée par le jury à la fin de l’évènement. Doris remporte le battle et affronte Baloo qui a vaincu tous ses adversaires jusqu’en finale : quand il commence à bouger les épaules, la machine est lancée et il est difficile de l’arrêter. Deezee du crew Yakuza en fait les frais. Baloo remporte la finale, la deuxième à laquelle il participe cette semaine (LLC battle).

Comme toujours, pour clôturer l’évènement, c’est la démonstration du jury. La guest team choisie est enfin révélée et se compose de Moogli, Elora, Doris et Poppins Danys.

BILAN

Le battle Freestyle lab n’a pas eu le succès escompté par rapport aux éditions précédentes : l’ambiance et l’énergie du public n’étaient pas au rendez-vous. Mystiqux a essayé tant bien que mal de faire interagir le public qui n’était pas venu en masse. Nous saluons le fait que cet évènement était totalement fait maison mais le line up des guests a peut-être contribué à enlever une part d’authenticité au battle. Le gros point fort de cet évènement a été les cyphers. Nous avons même eu droit à un cypher des pionniers de la danse des 80’s du hip-hop belge (Sponky love, Azzafi, Mike Alvarez…) qui étaient venus pour observer la nouvelle génération et transmettre leur savoir.

À l’écoute des anciens et au fil des discussions, j’ai compris que le milieu de la danse belge a besoin de retrouver une identité, pour rendre unique ces évènements et danseurs, afin que des danseurs de renommée internationale viennent en Belgique, nous affronter sur nos terres. Il faut pousser notre génération vers le succès en créant des évènements mythiques tels que le Championnat d’Europe de danse hip-hop de 1993 organisé au Palais de l’exposition à Charleroi. Comme le disait Baloo ici, il n’y a pas encore chez nous d’évènements auxquels on se dit « waouh », mais des évènements tels que le Freestyle lab sont indispensables pour le milieu de la danse Belge.

Mr. Caras

Crédit photos : YANCHPIC

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